Dans la vie d’un journaliste, ou d’un apprenti journaliste, il y a toujours un moment où l’on se retrouve confronté aux clichés. Une connaissance vous interpelle et vous lâche : « Maintenant, pour être journaliste, il faut être beau, grand et musclé ». Depuis que je sais que je serai sûrement journaliste, je me soigne, je fais du sport, j’utilise Photoshop (sans la mention « retouchée ») et je joue à « Léa, passion journaliste » sur Nintendo DS.

Parce que la presse est dans une bouse pas possible, le métier de journaliste n’est plus un métier d’avenir. On l’entend à maintes reprises dans les conférences et autres séminaires pour les étudiants en journalisme. C’est la crise ! « Un journaliste ? Pourquoi ne choisirais-tu pas un pompiste chérie ? »
Dans son article « Are journalists the news actors« , le journaliste Kris Vire expose les difficultés d’embauche : « L’emploi garanti pour les journalistes deviendra l’exception pas la norme ». Selon lui le modèle de carrière du journaliste ressemblerait beaucoup au modèle de carrière des acteurs. Tout comme ces derniers, seule une fraction d’entre eux (journalistes) obtiendra des emplois stables et percevra de hauts revenus.
Alors il reste une solution pour être embauché. Faire des photos sexys (FHM pour les femmes/ Têtu ou GQ pour les hommes), gonfler ses pecs à l’écran puis s’offusquer dès qu’on vous sort que vous êtes à votre place parce que vous êtes joli(e). Ou peut-être deux solutions qui incluerait le « Personal branding ».
J’ai déjà expliqué sur ce blog ce que signifiait ce terme qui voue un certain culte à la réputation. A la différence des pompes chaque matin, le personal branding est plus axé sur ce que l’on dit et la manière de le dire. Les chantres du néologisme diront avec force que c’est en offrant du contenu que l’on se fait connaître, ce qui est tout à fait louable.
Mais ce dernier ne permet-il pas de se rapprocher un peu plus du modèle de carrière des acteurs ? Le personal branding ne serait-il pas un moyen de dire : « regardez moi je suis là » ? De montrer qu’on est hype pour ensuite être embauché ? Si c’est le cas, on risque très bientôt de trouver sur Youtube des démos de présentation de JT, ou des performances en public dans les aéroports pour tenter de capter l’attention du rédac chef de rue89, ou de Jean-Luc Hees. Pour délivrer un message, l’époque actuelle nous montre bien qu’il faut se faire refaire les dents et laisser tomber la raie dans les cheveux, grande fierté de maman et papa.
Regardons les Hommes politiques de notre siècle. Combien ne sont pas tombés dans les méandres communicants pour délivrer un message ? Borloo et son gel, Sarko et ses talonnettes, Ségo et son jean. Qui peux ici me dire que bientôt le personal branding ne tombera pas dans le « personal narcissism » qui mènera au « personal branLing » ?
Etre charismatique, bouger ses sourcils, parler moins vite, perdre son accent. Le journaliste qui veut faire de son nom une marque doit intéresser. Pour cela il devra forcément passer par une ou plusieurs étapes de ces pseudos travestissements.
Sur twitter: JPhLouis